Les maisons vides

J'ai toujours aimé les maisons vides. J'ai toujours aimé les maisons pauvres, dépourvues de meubles et de confort. Je me souviens encore du jour où je suis rentrée dans notre nouvelle maison à Porto Alto. Elle venait d'être bâtie par mon propre père. Mais elle n'était encore finie. Ma petite chambre n'avait toujours pas de fenêtre. Une brique de moins, ouverte sur les champs, sur le marécage, la remplaçait. Le soir, la brique en position, la fenêtre se fermait. C'était ma première chambre à moi. J'avais 11 ans et j'en étais ravie.

Cette pauvreté fut, pour moi, le symbole de ma liberté. La liberté de posséder ma propre chambre. C'est peut-être à cause de ça que je m'en souviens encore, que ça me fait toujours des frissons d'y penser.

Un autre souvenir que je garde encore c'est celui de mon premier appartement. Mon appartement de rêve, duquel je rêve encore. Il était petit et mignon ; il avait du cachet. Ses fenêtres s'ouvraient sur le Tage et la ville. En y rentrant, j'avais trois fois rien pour le meubler. Un carton, couvert par une nappe, remplaçait le meuble télé que je ne n'aie eu que plusieurs années après. La télé était un vieil appareil en noir et blanc prêté par un ami. Des vieux trucs offerts par des amis ont, petit à petit, garni l'appartement dont je rêve encore. J'y fus heureuse.

Quelques mois après, j'ai déménagé. Pour la première fois, j'allais vivre à deux. Dans ma mémoire, demeure toujours l'odeur des détergents utilisés le jour où j'ai nettoyé l'appartement qu'il avait choisi. Il y avait une odeur de citron mixée aux senteurs de propreté et d'espoir. Et toujours rien pour mettre dans cet appartement. Donc, je l'ai meublé de rêves.

Pour moi, mes maisons sont toujours des symboles de rêves. Qui se finissent, très souvent, par des cauchemars. Mais n'en parlons pas.

Le prochain souvenir d'une maison vide qui m'habite encore c'est celui de cet appartement avec une vue sur l'autoroute et la gare. Je songe au jour où je me suis photographiée, assise sur un tapis, seul canapé dans une salle vide qui représentait toute ma liberté à nouveau conquise. J'écoutais Charles Aznavour et sa Bohème. "On était jeune, on était heureux"...

Une maison vide est une promesse de rêve et de bonheur. Une promesse de construction et de future. Une promesse de vie.

J'aime les maisons vides.


(c) Dulce Dias - Crónicas Leonesas - 2003-06-28

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